Publicité, les opposants passent à l'offensive dans la métropole lyonnaise

 

Le 25 Mars 2018, plus d'une centaine de personnes ont manifesté dans les rues de Lyon à l'occasion de la journée mondiale contre la publicité. Depuis plusieurs semaines, les actions s’enchaînent dans la métropole contre la présence de plus en plus massive et intrusive de celle-ci. Les collectifs et associations font pressions sur la métropole du Grand Lyon pour peser dans les débats sur le prochain Règlement Local de Publicité Intercommunal (RLPI) qui doit définir la loi sur la publicité dans l'espace public pour les prochaines années.

Panneaux, transports en commun, télévision, radio, internet ou dans la boîte aux lettres, la publicité est partout. S'il n'y avait que des panneaux publicitaires il y a quelques années dans les rues, la publicité s'introduit de plus en plus massivement dans le quotidien de la population à travers les panneaux lumineux et depuis peu numérique (notamment dans les gares, aéroport ou station de métro). Une expérimentation de l'Etat sur la ville de Lyon pourrait même permettre aux annonceurs de bientôt afficher sur les trottoirs. Si cette décision a pour l'instant été refusé par le maire de Lyon, elle est preuve que les citoyens doivent redoubler de vigilance concernant les messages commerciaux. C'est pour l'instant  entre 1200 et 2200 messages publicitaires que nous recevons chaque jour selon les collectifs anti-pub et ce chiffre est en voie d'augmentation.

A Lyon, c'est l'entreprise JC-Decaux, leader mondial du secteur, qui a renouvelé son contrat en remportant l'appel d'offre en 2017 pour gérer 2 530 abris voyageurs, 640 MUI (Mobiliers Urbains pour l’Information, dont 150 de format 8m² et 490 de format 2m²) pour les quinze prochaines années. L'entreprise ne cache pas son intention de moderniser son offre en installant de nouveaux panneaux incluant prises USB et hotspot WIFI, ainsi que des panneaux tactiles proposant de nombreux services pratiques pour les usagers. Toutefois, si JC-Decaux règne sur l'agglomération, ce sont des centaines, voir des milliers de panneaux, souvent illégaux, qui sont installés le bord des routes. En France, les estimations varient entre cinq et sept cent mille en dehors de la légalité. Une nuisance visuelle connue des autorités, mais qui n'a pas l'air d'être une priorité pour celles-ci. En effet de nombreuses condamnations contre l’État ont déjà été prononcés ces dernières années pour avoir laissé des panneaux publicitaires illégaux.

Depuis plusieurs années partout en France, des collectifs, associations, ou simple citoyens s'activent pour stopper l'implantation massive de la publicité dans le quotidien des citadins, voire de la faire disparaître. Depuis plusieurs semaines, des collectifs comme  Plein la vue ou Résistance à l'agression publicitaire (R.A.P), se mobilisent dans les rues de la métropole afin d'alerter le public sur l'augmentation de la publicité et de son agressivité. En effet, s'il est possible de bloquer la publicité sur son téléphone ou sur internet, ou même d'éteindre radio et télévision, il est difficile de passer à côté de tous les panneaux publicitaires à longueur de rues. Des panneaux qui attirent, et usent d'un temps d'attention de plus en plus faible, poussent à la consommation et façonne nos choix de consommateurs. Le 25 Mars 2013, des membres du collectif Les Déboulonneurs ont été relaxés par la justice après une action contre des panneaux publicitaires en défendant le fait que leur « liberté de réception » avait été bafoué. Les chiffre du matraquage publicitaire cités par les Déboulonneurs ont poussé la juge à accepter leur action sur le principe de « liberté d'expression » et de « raison de nécessité ». Un an plus tard, le Conseil des Droits de l'Homme et des Nations Unies a reconnu le droit des citoyens à donner leurs consentements sur la répartition et la diffusion de la publicité.

Pour les « anti-pubs », en plus du caractère inesthétique de leur présence, les panneaux publicitaires véhiculent de nombreux clichés sexistes et ont un vrai impact sur l'image des femmes, trop souvent réifiées au profit d'un produit ou d'un service. Si la publicité audiovisuelle est contrôlée par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) avant toute diffusion, la publicité écrite (dans la presse et dans l'espace public), n'est pas contrôlée. L'ARPP peut toutefois s'autosaisir si elle le souhaite. Il n'y a donc que très peu de contrôle sur les campagnes publicitaires et les dérives qui peuvent y être associés. Début 2018, l'Union des annonceurs lance le programme FAIRe, qui entend supprimer les stéréotypes sexistes dans la publicité en lançant une communication plus responsable. Une annonce bienvenue pour lutter contre les stéréotypes de genre, dont les fondements restent les profits économiques. Si les femmes ne sont plus « l'objet », elles continueront à être la cible des publicitaires.

S'ajoute à cela la dépense d’énergie considérable pour les nouveaux panneaux vidéo qui consommeraient 7000KWH /An pour seulement deux mètres carrés d'après le collectif Plein la vue. Déjà présents dans les gares et métro, ces panneaux vidéo pourraient bientôt être installés directement dans les rues par le Grand Lyon. Le collectif invite d'ailleurs les habitants de la métropole à participer à la concertation publique sur le RLPI directement sur le site du collectif.

D'autres villes ont choisi le chemin inverse en supprimant la publicité en ville comme à Grenoble en 2015. C'est la première grande ville Européenne à avoir fait ce choix en rompant son contrat avec l'entreprise JC-Decaux, et en supprimant 330 panneaux publicitaires. Si à l'époque la décision d'Eric Piolle, élu maire de la ville avait posé de nombreuses questions, notamment sur les retombés économique acquis par la publicité, elles ont vite été balayés : la grande majorité de ce type de publicité ne concerne que des grands groupe. La conséquence était de diriger la consommation du public davantage vers les grandes chaînes au lieu de favoriser les commerçants locaux. Les petits commerçants ne se sont donc pas opposé au retrait des panneaux et le budget de la ville a également été revu à la baisse. Ce choix de supprimer la publicité en ville a donc été positif à tout point de vue, et aura eu un impact direct sur le paysage urbain et le cadre de vie des grenoblois.

Toute les photos sont à retrouver sur les serveurs de l'agence NurPhoto (disponible sur les serveurs de l'AFP et GettyImages).