269Life-Libération Animale

Le véganisme est devenu en quelques mois un concept repris par toute la presse Française, en grande partie grâce à l'association L214 et les révélations faites sur les mauvaises conditions d'abattage dans les abattoirs français. Si l'association L214 a aujourd'hui une renommée internationale, une autre association Lyonnaise fait de plus en plus parler d'elle, en allant bien au-delà du véganisme pour faire la promotion de l'antispécisme et de la libération animale : 269Life-Libération Animale.

Créé par Sasha Boojor et Maria Hope en Israël en 2012, à la suite du sauvetage d'un veau destiné à l'abattoir, le numéro 269, qui deviendra le symbole de millier d'activistes de la libération animale à travers le monde, le mouvement 269Life est international. En France, l'association a été créée en janvier 2015 par Ceylan, Merry et Adrien, rejoints en Juillet 2015 par Tiphaine. Sans renoncer pour autant à leur engagement et leur militantisme, Merry et Adrien ont depuis quitté l'association pour des raisons personnelles, mais Ceylan et Tiphaine continuent leur lutte pour la libération animale au sein de l'association, largement soutenue par les fondateurs Israéliens et suivis partout dans le monde par des milliers de personnes à chacune de leurs actions.

 Créer un choc auprès des citoyens

Loin des méthodes classiques de sensibilisation des autres associations de défense animale, les actions choc sont la marque de fabrique du mouvement, en France comme à l'étranger. Des barquettes de viande humaine aux repas ensanglantés, en passant par les poissons morts et autres expositions de « déchets » d'abattoirs, le but des actions publiques est de créer un choc pour rappeler aux citoyens que ce qu'ils consomment a été vivant par le passé. L'utilisation de restes de cadavres lors de happenings ou manifestations, si elle est très contestée par de nombreux activistes étrangers à l'association, s'avère extrêmement efficace et attire de nombreux passants, curieux d'être confrontés aux restes de leurs assiettes dans leur forme initiale.

Le symbole du mouvement, depuis la création de l'association Israélienne, est le marquage au fer rouge, la plupart du temps réalisé en public. L'acte est douloureux, mais choisi par tous ceux qui le souhaitent et personne n'est obligé d'être marqué parmi tous les soutiens qui militent pour l'association. 

Tiphaine a été marquée par Ceylan lors de son arrivée dans l'association, rite de passage qui montre le degré d'implication de la doctorante en Droit animal à l'Université de Lyon. Un acte parfois incompris par les militants de certaines associations de protection animale qui le considèrent comme un acte qui invisibilise la souffrance animale en mettant en avant la souffrance humaine. A ceux-là, Tiphaine leur répond : « Nous faire marquer sur le corps le symbole 269, numéro choisi par l’industrie laitière pour identifier un petit veau, a été pour nous, activistes luttant contre le spécisme, un acte de solidarité, un acte visant à immortaliser le sort réservé à ces êtres sensibles. Nous espérons par cet acte réussir à éveiller les consciences, à susciter l’empathie envers ceux dont les cris de terreur et de douleur ne sont entendus que par les barreaux d'acier de leurs cages et dont le sang macule les murs des abattoirs.  »

Un refuge pour les rescapés des abattoirs

En plus de l'activisme de rue, le Refuge, qui abrite près de cinquante rescapés d'abattoirs, fermes ou laboratoires, occupe le temps de Ceylan, qui consacre toute sa vie aux animaux et ce, depuis de nombreuses années. Le lieu reste secret pour éviter toute attaque de la part de quelques uns des nombreux détracteurs de l'association qui en feraient volontiers une cible. L'endroit est calme. Poules, oies, moutons, chèvres, vaches, cochons, toutes les espèces y vivent et s'y côtoient en toute liberté et égalité. Ceylan et Tiphaine n'y sont d'ailleurs que les « invités ». Un engagement total pour les deux militants, qui représente un coût financier énorme et ne repose que sur les dons de particuliers. Au coût de ce sanctuaire, il convient les sommes à engager pour faire face aux amendes et procédures judiciaires dont ils sont la cible de la part des différents acteurs de l'exploitation animale après leurs actions, toujours réalisées à visages découverts. 

Ces actions d'ampleur nationale, prennent parfois une ampleur internationale, comme l'opération « Nuit Debout » menée en juin 2016 devant une trentaine d'abattoirs en France, Belgique et en Suisse. L’événement - une première dans l'histoire de la cause animale -, qui survient deux jours après la divulgation de nouvelles vidéos d'abattoirs par l'association L214, a eu un très fort impact médiatique et de nombreux militants ont rejoint le mouvement ce jour-là. Plusieurs centaines de personnes ont participé à l’événement cette nuit là et jamais une association n'aura rassemblé autant de manifestants sur autant de lieux le même jour, encore moins sur des sites d'abattage. Depuis lors, deux antennes de l'association ont été créées en Belgique et en Suisse, et un deuxième refuge a ouvert ses portes dans le nord de la France. 

Contre manifestations et menaces

En face, la réaction des éleveurs se fait aussi entendre et des contre-manifestations ont eu lieu sur de nombreux points de rassemblement, et des menaces ont été proférées à l'encontre des défenseurs des animaux, voire des violences physiques exercées envers des manifestants pacifiques. Des confrontations qui sont amenées à se reproduire, puisque les deux co-présidents de 269 Life-Libération Animale entendent mener des plus en plus d'actions directement devant les abattoirs, élevages, salons professionnels ou même sièges sociaux des grandes entreprises ou syndicats de la filière animale. Après une première action devant le siège social de Danone à Paris, une seconde action a été menée devant le siège d'Interbev à la fin du mois d'octobre dernier, pour protester contre « la propagande pro-viande » dans les écoles. Une mesure annoncée lors du salon européen de l'élevage à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), où l’association était d'ailleurs présente avec une cinquantaine de militants, repoussés à plusieurs centaines de mètres de l'entrée sur ordre du Préfet pour cause de « risque d’affrontement ». A l'occasion de la journée internationale du mouvement 269 Life le 26 septembre, Ceylan et Tiphaine n'ont pas hésité à grimper sur le toit de l'abattoir de Saint-Etienne (Loire) pour déverser du faux sang sur les façades et déployer une banderole sur laquelle on pouvait lire « Z.A.L : Zone à Libérer, Camp de la Mort Numéro 1 ».

 

 

 

Depuis peu, l'association utilise un nouveau mode d'action, beaucoup plus radical, en occupant directement les lieux concernés, les abattoirs eux mêmes. Une première occupation de ce type a été réalisée à l'abattoir de Corbas dans le Rhône le 10 novembre 2016, où une vingtaine de militants se sont introduits dans le « couloir de la mort » où doivent passer les bovins avant d'être tués. Ils ont pu y rester plus de six heures avant d'être évacués dans le calme par les gendarmes du PSIG. Quelques semaines plus tard, le 19 décembre 2016, c'est l'abattoir de la Talaudière à Saint Etienne où une quarantaine de militants se sont placés directement sur la chaîne d'abattage, contraignant celle-ci à être arrêtée avant l'évacuation de force deux heures plus tard par la police. Enfin, le 19 janvier 2017, c'est l'abattoir de Lapalisse dans l'Allier qui a été la cible de l'association avec l'occupation du même « couloir de la mort », cette fois-ci réservé aux porcs avant la chaîne d'abattage. Là encore ils ont été délogés de force par les gendarmes présents en nombre pour l'évacuation.

 

 

Le 2 mars 2017, plus de soixante activistes ont occupés l'abattoir de Metz pendant plus de cinq heures en s’enchaînant dans le "couloir de la mort" . Cet abattoir avait été l'une des première cible de l'association L214 en 2008 et était devenue le symbole de la naissance d'un mouvement de contestation en France à travers le non respect de la réglementation sur l'abattage des animaux. Près de dix ans plus tard, cette occupation révèle la monté en puissance du mouvement animaliste et de la radicalisation des militants, plus nombreux à chacune de leurs actions. Si les précédentes occupation d'abattoirs se sont terminées par la force mais sans violence, les forces de l'ordre ont cette fois-ci utilisées des méthodes plus musclés afin de sortir les activistes les plus récalcitrants.

Le 6 avril 2017, une double opération vise l'entreprise Aoste, à l'usine de production en premier ou est déversé plusieurs litres de faux sang depuis le toit du bâtiment dans la ville du même nom en Isère, puis au siège social de l'entreprise à Saint Priest dans le Rhône. Une quarantaine de militants ont occupés les locaux avant d'être délogés de force par la police. Les deux dirigeants y seront menottés et emmenés en garde à vue pendant 8 heures.  

Le 27 Avril, c'est l'abattoir de Monsols dans le Rhône qui est visé par l'association. La encore, une soixantaine d'activistes ont bloqués la chaîne d'abattage de dinde pendant plus de 6 heures avant d'être évacués de force par les gendarmes venus de toute la région pour l'opération.

Le veganisme comme mode de vie

Si le type d'actions menées par les activistes véganes de 269Life-Libération Animale est aujourd'hui unique en France, les nombreux salons qui se développent autour du véganisme, à Paris comme en province, assurent une large promotion de ce mode de vie, et surtout d'un régime alimentaire excluant tous produit d'origine animale, tout comme les nombreux reportages dans les médias, qu'ils soient télévisés ou relayés par la presse écrite. Aujourd'hui, pas une seule semaine ne passe sans qu'un article soit publié, qui traite du Droit animal, et de la place des animaux dans notre société. Pourtant les présidents de l'association 269 Life-Libération Animale et les nombreux militants qui les soutiennent ne veulent plus entendre parler de véganisme, trop souvent perçu par le grand public comme une simple mode, mais d'activisme et appellent les militants à devenir encore plus offensifs contre les différents acteurs des filières qui exploitent les animaux. Un appel a été lancé à « leur mener une véritable guerre », relayé lors des discours lus lors des manifestations où ils sont invités, comme à Genève lors de la Journée Mondiale pour la Fin du Spécisme, à Paris en clôture de la Marche pour la Fin des Abattoirs, ou encore à Guéret pour la manifestation contre la ferme des milles veaux. A l'occasion d'une conférence de présentation de l'association à Lyon en Avril 2016, Liza, une militante israélienne fondatrice du mouvement avait commencé son discours par ces mots : « nous sommes des anarchistes ». Une radicalité qui convient parfaitement aux militants de l'association qui, pour la plupart, luttent également contre le racisme, le sexisme, et toute autre forme de discrimination et qui les distingue des groupes d'extrême droite qui se positionnent souvent, eux-aussi, dans le créneau la protection animale. D'ailleurs, les responsables de l'association n'ont jamais hésité à écarter des personnes dont les motivations ne correspondaient pas aux principes de l'association - une libération totale aussi bien animale qu'humaine - tout comme certains membres d'associations proches du Front National, qui essaient depuis de nombreux mois de recruter des adhérents par ce biais. Ni droite, ni gauche, le mouvement est apolitique et veut le rester, préférant mettre en avant l'aspect philosophique de la libération animale, en particulier à travers les nombreuses conférences auxquelles Tiphaine participe, afin de faire progresser la pensée antispéciste et abolitionniste, des thèmes trop peu développés en France et parfois considérés comme trop radicaux par le grand publique et peu soutenus publiquement par les associations médiatisées ou les personnalités qui se font porte-paroles de la cause animale. L'association 269 Life-Libération Animale est l'une des seules aujourd'hui à allier combat intellectuel et activisme radical afin de faire progresser les idées de la libération animale.